Et comme disait Balladur : "Je remercie toutes celles et tous ceux qui m'ont fait confiance".
A vous.
Lettres, politique et duende
L'histoire, et aussi bien celle des idées, a ses moments de vérité. A l'heure où s'effacent les clivages, rien de tel, en matière de morale, qu'un bon gros cas pratique pour faire, s'il n'est pas déjà fait, le tri de ses amis. Le référendum de 2005 en était un. L'affaire de Tarnac en est une autre. J'ai eu ici le tort, à l'époque, de prendre assez bêtement position sur le sujet. Sans même aborder le fond (c'est-à-dire les faits reprochés, la pensée du "Comité invisible" et l'attitude des autorités), le ton des contempteurs de Coupat a fini par me rappeler qu'on ne désavouait pas innocemment quelqu'un qui a su s'affirmer, pour des raisons que je partage entièrement, l'ennemi de la société.
En réponse aux énergumènes qui depuis bientôt un an me demandent à quoi sert d'apprendre le serbo-croate, voici la traduction de la chanson Pada Vlada (Le Gouvernement tombe), qui a connu un grand succès en Serbie. Elle figure dans Profesionalac (Le Professionnel), le meilleur film serbe des dernières années, paraît-il, qui retrace les déboires de l'opposition à Milošević sur un ton mêlant ceux de La Vie des autres et du Père Noël est une ordure. Le réalisateur, Dušan Kovačević, est aussi le scénariste d'Underground de Kusturica.
J'ai longtemps détesté Charlie Schlingo. A l'époque où j'avais près du lit des piles de revues (Charlie mensuel, BD, Charlie Hebdo "l'ancien", Surprise...), je sautais toujours ses pages, que je trouvais laides. Le seul nom de ses personnages (Tamponn Destartinn) ou de ses histoires ("Désiré Gogueneau est un vilain") me mettait mal à l'aise. Laides, elles le sont. Presque toujours. Mais j'ai fini par comprendre qu'elles me faisaient surtout peur. En écoutant Choron en parler dans le film de Carles, j'ai pensé qu'il me faudrait peut-être y rejeter un oeil. Et hop, L'Association en publie deux volumes (celui-ci et Josette de rechange), dont presque chaque page fait un trou dans le monde. "Schlingo, disait Choron, il a l'âge mental d'un enfant de huit ans". Eh bien, c'est une très belle chose qu'un grand livre consacré à un dessinateur merdique de génie, qui avait l'âge mental d'un enfant de huit ans. Ca ressemble un peu à Francis Masse, mais c'est complètement con. Et voilà ce qui est admirable.
Je comptais rédiger une note sur un ouvrage dont j'attendais beaucoup et qui a amplement comblé sa promesse, mais le "buzz" m'a largement dévancé, et il serait inutile que j'ajoute un résumé à ceux circulant partout. Le livre de l'historien israélien Shlomo Sand Comment le peuple juif fut inventé mérite néanmoins quelques commentaires et éloges qui, je l'espère, inviteront d'autres à le lire.
e particulière à cette région, et que ce n'est qu'à cette date, avec l'entrée de la dynastie des Obrenović dans l'alliance autrichienne qui interdit à la Serbie de s'étendre à l'ouest, que les regards se tournèrent vers le sud. Alors seulement, des idéologues jugèrent utile de réveiller les balades médiévales sur la bataille de Kosovo Polje, et de faire du Kosovo le nouveau "coeur" de l'âme serbe. Exactement de la même manière, Shlomo Sand montre qu'"au cours des deux premières décennies du XIXe siècle, l'image de soi des intellectuels juifs allemands... relevait essentiellement des domaines culturels et religieux", et que ce n'est pas avant 1853 que l'historien Graez allait chercher à donner au judaïsme un caractère ethnique unitaire et continu dans le temps. Plus tard, la définition du "peuple yiddish" (intéressante notion discrètement avancée par Sand) comme univers culturel ou comme partie du peuple juif "biologique" fut un enjeu idéologique majeur dans l'opposition entre le Bund et les sionistes.
L'an passé, avec les Seconde, quand on travaillait sur les institutions, on faisait des organigrammes. Ça tombait bien, j'adore ça. Là où vraiment je m'en donnais à coeur joie, c'était sur la Révolution, avec ces constitutions qui changent tout le temps. J'avais beau couper des têtes de temps en temps pour les distraire, les gamins, il faut bien dire, en général, ça ne les emballait pas. Mais une chose était sûre : sauf sous l'Ancien Régime, tous nos schémas reposaient toujours sur un grand rectangle, tout en bas, d'où partaient un grand nombre de flèches, et dans lequel on inscrivait : "le peuple".
Grâce à Ludo, je prends enfin le moment de lire Le Plan B. Je peux dire que je n'ai pas été déçu. Ce journal est tout simplement ce qui existe de plus sensé, de plus intelligent et de plus juste dans la presse actuelle. Presse française s'entend ; et j'aimerais beaucoup savoir ce qui existe de comparable en italien, en espagnol, en portugais, et en anglais.
Eh bien voilà, c'est fini. En raison des "risques énormes de récidive", Pierre Bodein a été définitivement condamné à la peine la plus sévère du système pénal français, la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de trente ans. L'opinion commune veut qu'il est très mal de tuer et de violer des gens, a fortiori des enfants ; et je partage cette opinion. Mais, puisque ce procès à tiroirs a été l'occasion pour les Français "de l'intérieur" d'entendre, sans doute pour la première fois, parler des Yéniches, je voudrais en profiter pour en toucher un mot. Pierre Bodein est yéniche, et savoir ce que sont les Yéniches me semble indispensable à la compréhension de cette affaire.